Cartographie des Rocamberlus

Le règne animal de Franck Vriet

Avenue de Cognac, 17770, Brizambourg

Franck Vriet (Cognac 1931 - Brizambourg 2017)

Visite en 2025 - 184 rue de Cognac - Il ne reste que de rares vestiges.

Ancien maçon à la retraite, c’est en 1988, encouragé par son voisin Gabriel Albert, qu’il s’est lancé dans la création artistique, investissant sa petite cour ainsi que les murs extérieurs de sa maison. Ayant travaillé aux côtés de Gabriel dans sa jeunesse, il s’est inspiré de son vaste environnement situé à Nantillé, à neuf kilomètres seulement, pour créer à son tour. Ses œuvres étaient visibles depuis le bord de route, à la sortie de Brizambourg en direction de Burie.

photographie de Francis David début 90

Il expliquait en outre que ses sculptures en ciment, à dominante animalière — singes, flamants roses, cerf, girafe, ours, lion, lémurien, gorille — étaient conçues comme un dispositif d’accueil symbolique destiné à un visiteur venu d’Afrique, afin que celui-ci ne se sente pas dépaysé en empruntant l’avenue de Cognac. Quelques figures humaines, principalement féminines, venaient par ailleurs s’inscrire au sein de cette ménagerie. Ces amazones en bikini, aux allures de demi-déesses, semblaient guider la troupe à travers un continent imaginaire, où exotisme et érotisme feutré se conjuguaient pour nourrir des fantasmes surannés.

photographie datant de 1994 retrouvée sur le blog Vallée de l'antenne

C’est à cet endroit qu’un responsable local a fait enlever les sculptures qui donnaient autrefois vie au petit jardin de Franck Vriet, invoquant la nécessité de tailler un vieux saule considéré comme dangereux pour les rares passants. Seuls subsistent aujourd'hui quelques rares vestiges, comme un singe sculpté sur une frise, une guenon, un fermier nourrissant ses poules et quelques bas-reliefs entourant les façades de la petite maison aujourd'hui vendue.

plusieurs sculptures avaient déjà été enlevées

plusieurs sculptures avaient déjà été enlevées

photographie datant de 2013 prise par Denis Montebello

Le jour de mon arrivée, la tête du fermier était à terre, je l'ai cueillie espérant la remettre en mains propres à Yann Ourry, responsable d'une l'étude consacrée aux habitants-paysagistes et leurs environnements au sein du service Patrimoine pour la région Nouvelle-Aquitaine. Yann s'est attaché à la constitution d'un inventaire participatif ainsi que d'une carte consultable en ligne ici et a contribué, entre autres projets, à la préservation et la réouverture au public du jardin de Gabriel Albert, créateur d'un ensemble constitué d'environ 400 statues disposées dans son jardin autour de sa maison et de son atelier. Il s’impose aujourd’hui comme l’un des sites les plus significatifs de l’art populaire.

Tête reconstituée

Tête reconstituée

photographie Sonia Terhzaz prise en 2025

Franck Vriet réalisait son propre ciment, à l’instar du Ferdinand Cheval lors de la construction de son Palais Idéal, selon une technique proche du béton armé, reposant sur une armature de tiges de fer et de chaux. Cette méthode artisanale lui permettait d’ériger certaines sculptures atteignant jusqu’à trois mètres de hauteur, comme sa girafe.

photographie de Francis David prise dans les années 1980

En conversant avec la voisine de Mr Vriet qui l'avait côtoyé pendant une dizaine d'années, celle-ci m'apprit qu'il était très timide et peu enclin à s'épancher sur sa vie et son œuvre. Il s'ouvrait difficilement aux autres, vivait sans eau ni électricité dans cette toute petite masure avec ses enfants. Cette vie farouche l'avait isolé du monde mais son imaginaire se déployait dans toute sa splendeur tout autour de son habitat. Il fallait croire que sous sa blouse de maçon battait un cœur sauvage et indompté.

quelques vestiges encore en place sur la façade de la maison - 2025

quelques vestiges encore en place sur la façade de la maison - 2025