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Les pique-niqueurs de Louis Hodcent

Beaumont-les-Autels

Louis et sa femme endimanchés

Louis et sa femme endimanchés

archives familiales

Les pique-niqueurs de Louis Hodcent ( 1909 - 1987) - visite en octobre 2025 avec l'ami Benoît Grimalt

À Beaumont-les-Autels, dans le Perche, subsiste un petit ensemble de sculptures discret composé de quelques personnages de ciment : trois figures humaines grandeur nature semblent participer à une scène familière, tandis qu'un peu plus loin, dans le jardin, une femme vêtue de rouge se tient devant une dépendance. Ces personnages sont l'œuvre d'un homme du pays, Louis Hodcent, qui consacra les dernières années de sa vie à transformer son jardin en un univers personnel. C'est Eva, sa belle-fille, qui nous accueille chaleureusement et nous invite à prendre le temps. Elle nous conte l'histoire de Louis, un paysan qui n'avait quitté sa terre que pour servir son pays pendant la guerre. Il s'autorisa, sur le tard, à laisser s'exprimer son imaginaire en édifiant ce petit jardin de cocagne dans les années 70's.

photographie Sonia Terhzaz

Paysan du Perche, il avait travaillé dans une ferme familiale où il tenait notamment un petit élevage et vendait de la crème, des œufs et du lait. Son œuvre est née tardivement, presque à contretemps d'une existence consacrée jusque-là au travail rural. C'est au moment de la retraite, dans les années 1970, qu'il commença à investir véritablement son jardin. Eva : "On s'est marié en 73 et les statues étaient déjà là."

Coucou aux visiteurs

Coucou aux visiteurs

Les informations concernant sa vie restent cependant fragmentaires. Un témoignage recueilli auprès de sa famille en 2022 le faisait naître en 1906 et mourir en 1986. Cette chronologie avait notamment été associée au souvenir qu'il aimait rappeler qu'il était né l'année du vol de Blériot. Les données d'état civil aujourd'hui accessibles donnent une autre chronologie : elles identifient Louis Antoine Ernest Hodcent, né à Beaumont-les-Autels le 16 décembre 1909 et décédé dans la même commune le 7 août 1987, à l'âge de 77 ans Hodcent commence à consacrer une énergie croissante à son environnement immédiat. Il ne se contente pas de cultiver un jardin d'agrément : il le compose.

les deux larrons

les deux larrons

Les sculptures en ciment n'étaient pas considérées isolément. Elles étaient conçues pour prendre place dans un ensemble : végétation, chemins, couleurs, objets, petites constructions et figures humaines participaient d'un même projet. Le véritable « travail » de Hodcent n'était donc pas seulement la fabrication de statues, mais la création progressive d'un monde dans son propre jardin. Eva nous confiait la difficulté de conserver un tel ensemble depuis le décès du père Hodcent, notamment parce que l'éloignement de leur vie parisienne rendait son entretien difficile.

photographie retrouvée dans les archives familiales

Cette photographie ancienne est particulièrement précieuse car elle permet de comprendre ce qui a disparu. Le jardin de Hodcent semble avoir été autrefois beaucoup plus foisonnant que l'espace visible aujourd'hui. Des fleurs en grand nombre accompagnaient les sculptures et de petits champignons en ciment, peints de différentes couleurs, bordaient notamment les allées. Il fabriquait ses propres moules pour reproduire en série les différents éléments qui composaient l’ornementation du jardin. "Vous savez, c'était des gens ruraux, de la terre, ils aimaient ce genre d'embellissement. Moi je suis de la ville, c'est pas mon style (rires)... Quand les petits-enfants rentraient de l'école, ils leur disaient bonjour."

photographie Sonia

Le groupe le plus visible depuis la rue rassemble trois personnages. Deux hommes sont installés autour d'une table, tandis qu'une femme se tient à leurs côtés. La scène évoque un moment de convivialité rurale : les personnages sont représentés dans une situation familière, avec des éléments associés au repas et à la sociabilité paysanne. Les boutonnières des deux hommes forment un H, le H de Hodcent selon les réflexions de ses petites filles. Les sculptures ont bénéficié d'une attention familiale.

les boutonnières en forme de H

les boutonnières en forme de H

Celles-ci perpétuent aujourd'hui la mémoire de leur aïeul en repeignant tous les deux ou trois ans les sculptures ce qui explique leur aspect étonnamment vif. La conservation d'un tel ensemble permet de maintenir une mémoire familiale et un rapport particulier au lieu. "C'est un peu de l'art naïf mais c'est bien représenté, l'un a la moustache qui se relève, l'autre a la moustache descendante. C'était son hobby, il était content."

photographie prise par Thierry de Tipeek

À l'écart du groupe paysan se trouve une femme debout, vêtue d'une robe rouge, se tenant devant un cabanon. Son allure tranche nettement avec celle des personnages ruraux. Cette sculpture révèle un autre versant de l'imaginaire de Hodcent.

photographie Sonia Terhzaz

Là où les paysans renvoient à son quotidien et à son environnement social, cette femme, au décolleté plongeant, est d'un glamour détonnant. La sculpture a été déplacée au fil du temps et était initialement disposée à proximité de l'ensemble de personnages.

photo par Sonia

Le témoignage familial apporte ici une information particulièrement révélatrice : Hodcent aurait souhaité réaliser d'autres figures féminines de ce genre, y compris des nus, mais son épouse ne partageait pas cette envie. Il ne donna donc pas à cette partie de son imagination l'ampleur qu'il avait peut-être envisagée. "C'était un gentil bonhomme, un peu brut de décoffrage. Je me souviens à table, sa femme le servait mais ils ne mangeaient pas en même temps. C'était le patriarche... c'est une autre époque."

elle tenait autrefois un panier

elle tenait autrefois un panier

Louis Hodcent n'a pas laissé derrière lui une carrière artistique au sens classique. Il a laissé quelque chose de plus fragile et de plus intime. Ces quelques vestiges sont les survivants d'une œuvre beaucoup plus vaste. Eva : " Mes filles ne voudraient pas que je m'en sépare, non non... ça appartient aux Hodcent, ça finira peut être un jour à la benne mais non elles ne les vendront jamais."

photographie Sonia Terhzaz