La grotte à la peinture à Larchant
La grotte à la peinture - visite le 10 janvier 2026 avec Romain Perrot

l'entrée de la grotte
Découverte en 1959, la Grotte des Dégoûtants aussi appelée Grotte à la Peinture est un site rupestre situé dans la commune de Larchant emblématique pour l‘art rupestre de la région de Fontainebleau. Elle a été découverte dans les années 1950 puis fouillée au début des années 1980 par l'équipe de Jacques Hinout. Son nom « grotte à la Peinture » provient de la présence des traces de couleur ocre relevées sur le plafond de la grotte. Je décidai avec Romain de quitter Paris en fin de journée pour explorer cette cavité.

photographie Roro Perrot
Nous arrivâmes à Larchant en fin d’après-midi et nous enfonçâmes dans la forêt en espérant la localiser avant la nuit tombée. Le signal GPS défaillant nous désignant un site erroné, nous décidâmes de retourner au village, situé à 1 kilomètre, pour visiter l’église et sa tour-clocher en ruines et s’enquérir de la situation de la dite grotte auprès d’un(e) habitant(e).
photographie Roro Perrot
L’église Saint-Mathurin se dresse majestueusement au cœur du village. Elle fut un lieu de pèlerinage établi empreint de mysticisme. On venait y implorer saint-Mathurin, jeune prêtre-confesseur du 3e siècle, reconnu pour ses pouvoirs surnaturels liés à la délivrance des possédés et des fous. Le portail de la tour nord ressemble à s’y méprendre à plusieurs portails de la Cathédrale Notre-Dame de Paris et aurait été construit par les mêmes « tailleurs d’images. Plusieurs rois de France (Louis XI, François Ier, Henri IV…) vinrent vénérer les saintes reliques.
Détail du portail nord de l'église - photographie Roro Perrot
Nous contemplâmes ses imposantes ruines gothiques et cet effrayant promontoire qui se décrochait à la tombée de la nuit, plongés dans le silence conspirationniste d’un village qui avait fermé ses volets pour la nuit. C’est en retournant à la voiture, que nous rencontrâmes une charmante babos préhistorique, fraîchement revenue de Katmandou dans les années 1820 – celle-ci nous donna les précieuses informations pour retrouver la grotte, nous déconseillant par là-même de nous y rendre en pleine nuit, ce que nous fîmes pourtant sans hésitation. Les deux abruti(e)s en goguette plongèrent à nouveau dans la forêt, suivant les indications du squelette Flower Power. Munis simplement de l’éclairage de nos smartphones, les ombres de la nuit commençaient à se répandre dans la forêt, silencieuse horreur aussi évocatrice qu'un film d'horreur indépendant de genre « found footage » (si vous avez la réf). Nous écarquillâmes les yeux dans l'obscurité pour tenter de retrouver les traces d’un itinéraire mental précédemment mémorisé et retrouvâmes victorieux un petit pan de mur en ruines que nous avait désigné notre guide. Nous tournâmes ensuite autour, à distance de quelques siècles d’histoire, à la recherche de repères tangibles, en vain… Il fallait se rendre à l’évidence, nous étions perdus, incapables de convoquer nos facultés nyctalopes. Le retour à l’aveugle sous une pluie battante fut non moins héroïque.

photographie Roro Perrot
C’est le lendemain que nous retrouvâmes sa trace, ses traces… Un panneau à moitié enfoncé dans la terre désignait l’entrée de la creute. La cavité, guère profonde, avait pu servir d'habitat aux populations préhistoriques vivant dans le golfe marécageux de la commune de Larchant. Nous découvrîmes alors des parois gravées de sillons, de quadrillages, de marelles, d'arboriformes datant du Mésolithique, période des derniers chasseurs-cueilleurs autour de 10 000 ans avant notre ère qui se confondaient avec des graffitis récents gravés sur cette même roche de grès.

photographie Roro Perrot
Nous nous enfoncèrent dans un recoin à droite de la grotte jusqu’à ramper dans ses entrailles les plus profondes et exiguës. Nos vêtements se relevaient au fur et à mesure que nous nous hissions le long de la paroi et nous sentions le sable froid nous caresser le ventre. La place venait à manquer et nous peinions à tenir à deux dans ce cockpit souterrain qu’on aurait cru creusé par des vers de sable. Des dizaines de grafittis plus contemporains – du 18e à nos jours dont l’un vraisemblablement gravé par un soldat français de 14 -18 - se superposaient aux tracés préhistoriques, retraçant la chronologie de siècles passés - Au sujet du graffiti : Raffaele Garrucci introduit ce terme en 1856 avec Graffiti de Pompéi. Inscriptions et gravures tracées au stylet. Si au xixe siècle le graffiti désigne de manière restrictive les inscriptions tracées à l’époque antique, son acception s’étend peu à peu à l’ensemble des inscriptions et des dessins laissés sur les murs, avec parfois l’idée de leur caractère grossier.
graffiti anonyme
Nous retenions notre émotion face à la contemplation de tous ces signes, dédicaces, pensées mises en image dans ce support d’expression souterrain caché dans les viscères terrestres d’un secret bien gardé. Ainsi je ne vous communiquerai point l’itinéraire pour que demeure son secret mais vous invite néanmoins à explorer ce qui constitua dans mon esprit une expérience extra-utérine troublante.

Société Préhistorique Française https://www.prehistoire.org/offres/gestion/actus_515_42387-911/site-mesolithique-de-la-grotte-a-la-peinture.html












